279 LE CANAL DE SUEZ ET SA FAUNE IGHTHYOLOGIQUE PAR J.-B. TILLIER. {PL. II. Le creusement du canal de Suez et la transformation en lacs des deux vallées qu'il traverse ont créé, pour les organisuies marins, un milieu artificiel nouveau. Ainsi qu'il arrive toujours ce milieu nouveau s'est rapidement peuplé et il est habité maintenant par les très nombreuses formes marines qui y ont trouvé des conditions d'existence favorables. Il serait intéressant d'étudier aujourd'hui, au bout d'un laps de trente années, la faune des eaux de l'isthme, d'abord en établissant le catalogue exact de toutes les espèces qui la composent, ensuite en recherchant si ces espèces, dans chaque groupe, appartiennent plutôt à la province méditerranéenne ou plutôt à la région érythréenne, et, enfin en examinant jusqu'à quel point se sont mélangées, en dehors des eaux de l'isthme, les deux faunes depuis longtemps séparées. Cette étude nécessiterait le concours d'assez nombreux spécialistes qui recueilleraient les animaux de chaque grande classe, en déter-mineraient les espèces et dresseraient une liste de celles qui ont changé d'habitat. Le présent travail est relatif aux Poissons seulement, c'est-à-dire, qu'au point de vue de l'Histoire naturelle générale, il est fort incomplet : mais, même dans ces proportions réduites, il sera vraisemblablement intéressant et pour les naturalistes qui étudient les relations entre la vie des espèces et leur habitat, et pour ceux qui s'occupent des lois de la distribution géographique des êtres. En nous plaçant à ce double point de vue, après avoir donné un catalogue aussi exact que possible des espèces de Poissons qui constituent la faune ichthyôlogique de l'isthme, nous ferons connaître quelles sont les conditions d'existence que rencontrent ces espèces dans les eaux du canal, comment le milieu nouveau s'est peuplé de formes venant les unes de la Méditerranée, les autres de la mer Rouge, et, enfin, quelles sont les espèces qui ont passé d'une mer à l'autre. Mais, auparavant, il est indispensable que nous donnions quelques